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Vision sur le changement climatique au Royaume-Uni

L’« Environment, Food and Rural Affairs Committee » (Comité pour l’Environnement, l’Alimentation et les Affaires de la Chambre des Communes chargé d’examiner les dépenses, la gestion et la politique du Ministère de l’Environnement et des Affaires Rurales (« Department for Environment, Food and Rural affairs », Defra) a publié le 1er avril 2005 un rapport intitulé Vision sur le changement climatique (« Climate Change : Looking forward ») faisant un bilan du programme britannique sur le changement climatique (« UK Climate Change Programme », UKCCP) lancé en 2000. Ce bilan fait le point sur l’objectif britannique de réduire les émissions de dioxyde de carbone (CO2) de 20 % par rapport à 1990 d’ici à 2010 et l’obligation ratifiée dans le protocole de Kyoto de réduire de 12,5 % d’ici à 2008-2012 les émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990. Les priorités dans ce domaine de la présidence britannique du G8 et de l’Union Européenne au cours de l’année 2005 font également l’objet d’une présentation dans ce rapport.

1. Introduction Retour à la table des matières

Sir David King, Conseiller Scientifique du Premier Ministre Tony Blair, déclarait en janvier 2004 que la menace du changement climatique était plus sérieuse, pour l’avenir de la planète, que celle du terrorisme. Tony Blair a, depuis, annoncé que l’une des deux priorités de la présidence du Royaume-Uni du G8 et de l’Union Européenne serait attribuée à cette problématique. L’autre priorité étant l’aide au développement du continent africain. L’« Environment, Food and Rural Affairs Committee » a donc décidé de faire une analyse approfondie de cette question. Cette analyse prend un soin particulier à l’étude de nouvelles politiques permettant au Royaume-Uni de respecter les engagements nationaux et internationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de participer ainsi à l’élaboration du nouveau « UKCCP » attendu en 2005.

1.1. Pourquoi le changement climatique est-il une problématique importante ?

Pour préparer la présidence du G8 et de l’Union Européenne, Tony Blair avait souhaité la tenue d’une conférence scientifique sur le changement climatique intitulée Prévenons un changement climatique dangereux (« Avoiding Dangerous Climate Change »), qui s’est déroulée à Exeter en février 2005. On peut retenir des trois jours de présentations et de discussions un large consensus scientifique sur le lien entre les émissions de gaz à effet de serre dues aux activités humaines et le changement climatique. Globalement, les impacts semblent plus importants qu’initialement prévus, notamment l’acidification des océans et les conséquences sur la vie marine, l’arrêt potentiel de la circulation thermohaline de l’Atlantique Nord et la fonte de la banquise en Antarctique (cf. Actualités Scientifiques au Royaume-Uni Février 2005, p.33).
En 2001, le groupe de travail intergouvernemental sur le changement climatique (« Intergovernmental Panel on Climate Change », IPCC) avait déclaré qu’une augmentation de la température moyenne de 0,6°C par rapport à l’ère préindustrielle se manifesterait par une hausse de vagues de chaleurs accompagnées d’une hausse de la mortalité, une diminution des ressources en eau potable et une accélération des phénomènes climatiques extrêmes. De fait en 2003, alors que l’on note une température moyenne terrestre supérieure de 0,6°C à celle de l’ère préindustrielle, l’Europe a affronté une vague de chaleur qui a décimé 30 000 personnes, la calotte arctique a diminué de 15 à 20 % et les glaciers du Groenland perdent 10 mètres par an ; on constate également une amplification générale en fréquence et en intensité des catastrophes naturelles. Par exemple, la digue installée sur la Tamise en aval de Londres pour protéger la capitale britannique des marées de fortes amplitudes aggravées par des conditions météorologiques est aujourd’hui utilisée en moyenne 6 fois par an, alors qu’au début des années 80 elle l’était moins d’une fois. Notons aussi l’importance du phénomène d’Assombrissement Global (« Global Dimming ») : la pollution de l’atmosphère par des nuages de particules réduit la quantité d’énergie parvenant à la surface terrestre puisqu’une partie du rayonnement solaire est réfléchie par ces particules. Ce phénomène a pour effet le refroidissement de la planète. De nombreux scientifiques s’accordent à dire que l’Assombrissement Global a dû masquer en partie le réchauffement terrestre. C’est pourquoi, l’amélioration de la qualité de l’air indispensable pour la santé publique va sans doute aggraver le problème de réchauffement climatique.

1.2. Les objectifs gouvernementaux

Les objectifs gouvernementaux actuels pour réduire ces changements climatiques sont les suivants :
- en 1997, le gouvernement a décidé de réduire d’ici à 2010 ses émissions de CO2 de 20 % par rapport à 1990. Le Livre blanc sur l’énergie (« Energy White Paper ») publié en 2003, ajoute que, d’ici à 2050, ces émissions devront être réduites de 60 %. Toutefois, les prévisions du Ministère de l’Industrie (« Department of Trade and Industry », DTI) semblent indiquer que le Royaume-Uni n’atteindra pas cette cible : d’ici à 2010 les émissions de CO2 ne devraient diminuer que de 14 % et à l’heure actuelle seule une diminution de 7,2 % a été réalisée ;
- l’obligation d’énergies renouvelables (« Renewables Obligation », RO), introduite en 2000, impose que 10,4 % de la production de l’électricité britannique soit obtenue par le biais d’énergies renouvelables d’ici à 2010 et 15 % d’ici à 2015 (décision gouvernementale annoncée en décembre 2003). Là encore, le Royaume-Uni est en retard sur ses objectifs puisque, pour 2003-2004, ces énergies renouvelables contribuaient à 2,4 % de la production au lieu des 4,3 % espérés ;
- le Protocole de Kyoto, signé par 171 pays et en application depuis février 2005, impose une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 12,5 % entre 1990 et 2008-2009. En 2003, les émissions de gaz à effet de serre au Royaume-Uni étaient en retrait de 14 % par rapport à 1990.

1.3. Comment agir ?

Il existe deux stratégies possibles pour lutter contre le changement climatique :
- la substitution (ou mitigation) : stratégie à long terme impliquant la diminution de la quantité des gaz à effet de serre pour réduire le changement de climat ;
- l’adaptation : stratégie visant à réduire les impacts du changement de climat. Ces deux stratégies sont complémentaires et doivent être appliquées en parallèle. En effet, plus la stratégie de substitution sera négligée, plus la stratégie d’adaptation sera difficile à mettre en place. Notons que la « Biosciences Federation » insiste sur le développement de stratégies d’adaptation en urgence pour les problématiques d’écosystèmes et de biodiversité.


2. Le « UK Climate Change Plan » Retour à la table des matières

En Septembre 2004 une mise à jour du UKCCP a été annoncée et le rapport « Climate Change : looking forward » s’inscrit dans cette démarche.

2.1. Les objectifs de réduction du dioxyde de carbone

2.1.1. Résultats actuels

Le gouvernement a déclaré en 2004 que l’objectif des 20 % de réduction des émissions de CO2 d’ici à 2010 devrait probablement être revu à la baisse, proche de 14 %. Pour le Ministre de l’Environnement à cette date, Elliot Morley, ce mauvais score est lié à la réduction de la production d’énergie d’origine nucléaire au profit de l’utilisation des centrales à charbon, du fait de l’augmentation de la demande énergétique nationale. En réponse, l’association les Amis de la Terre (« Friends of the Earth », FoE) a proposé la mise en place d’objectifs révisés et incrémentés chaque année plutôt que des visées à 10 ou 50 ans bien moins faciles à atteindre.

2.1.2. Critique de l’« Energy Saving Trust » : manque de cohérence gouvernementale en matière de changement climatique

L’« Energy Saving Trust » (EST, groupe visant à réaliser des économies d’énergie) a montré du doigt le gouvernement en critiquant l’attitude peu volontaire du Ministre des Transports (également Vice Premier Ministre) et de son cabinet alors que le Defra met tout en œuvre pour attaquer ce problème de front. Le Conseil sur l’énergie durable (« Business Council for Sustainable Energy », BCSE) a ajouté, à propos de rendement énergétique, que le Defra est responsable des résultats alors que le DTI détient les principaux leviers d’actions. Il apparaît donc nécessaire d’intégrer et de coordonner la politique relative au changement climatique entre ministères par soucis d’efficacité et de crédibilité. Le Comité pour l’Environnement, l’Alimentation et les Affaires Agricoles recommande de son côté la création d’un ministère du changement climatique avec pour seule fonction de coordonner les actions au sein des différents services du gouvernement afin d’atteindre les objectifs de réduction de gaz à effet de serre.

2.2. Le secteur des transports

2.2.1. Le transport routier

Le secteur des transports compte pour 20 % des émissions britanniques totales, dont 95 % imputables au secteur du transport routier. Une façon de réduire l’impact du transport routier sur l’environnement est d’améliorer le rendement énergétique des véhicules. Un accord européen volontaire impose que d’ici à 2008/2009 l’émission moyenne d’un véhicule soit de 140 g/km. En 2003 cette émission moyenne était estimée à 172,1 g/km. L’EST se dit perplexe quant à la validité d’un tel objectif puisque les progrès techniques nécessaires ne sont pas assez rapides. Dans ces conditions, le Comité pour l’Environnement, l’Alimentation et les Affaires Agricoles reconnaît l’impact majeur du transport routier sur l’environnement et convient de sa priorité dans la mise en place des stratégies nationales de substitution. Il recommande l’analyse des mesures fiscales en place afin de promouvoir l’achat de véhicules à faibles émissions de gaz à effet de serre. De plus, il préconise l’examen à l’échelon européen de mesures économiques susceptibles d’accélérer le développement de véhicules à faibles émissions par les constructeurs automobiles.
L’utilisation des biocarburants s’inscrit comme une solution possible à la problématique du transport routier. Le gouvernement, sous l’impulsion de la directive européenne 2003/30/EC, a fixé à 0,3 % l’utilisation de biocarburants pour l’année 2005, c’est-à-dire six fois plus que l’offre actuelle. Le Comité pour l’Environnement, l’Alimentation et les Affaires Agricoles croit en l’utilisation des biocarburants comme stratégie de substitution, accueille avec enthousiasme la décision du Defra d’inclure cette problématique au nouveau UKCCP et encourage celui-ci à augmenter la part fixée d’offre en biocarburants. Il regrette l’absence de la production de biocarburants et notamment de bioéthanol sur le sol britannique.

2.2.2. L’aviation

Le secteur de l’aviation représente 11 % de l’impact britannique sur le changement climatique avec 5,5 % d’émissions en CO2. Ce chiffre parait faible à l’heure actuelle mais devrait augmenter de façon considérable dans les années à venir. Les prévisions du « Department for Transport » (DfT) montrent que le secteur de l’aviation pourrait contribuer à hauteur de 25 % et 33 % des effets nationaux sur le changement climatique en 2030 et 2050, respectivement. Notons que, d’après l’« IPCC assessment » de 2001, l’impact total de l’aviation sur le changement de climat pourrait en fait être 2,7 fois plus important que celui dû aux seules émissions de CO2 du fait des phénomènes physiques qui se produisent dans les hautes altitudes. Dans ce contexte, un rapport récent du Comité d’Audit Environnemental de la Chambre des Communes (« Environmental Audit Committee ») a déclaré les objectifs de 2050 irréalisables, tout au plus une réduction de 35 % des émissions de CO2 pourrait être atteinte. Le Comité pour l’Environnement, l’Alimentation et les Affaires Agricoles pense qu’il est vital que le secteur de l’aviation soit inclus dans les stratégies nationales et internationales de substitution. Il applaudit la proposition du ministre Margaret Beckett d’inclure l’aviation dans le second plan européen d’échanges des quotas d’émissions mais émet des réserves quant au temps nécessaire à sa mise en oeuvre. En effet, il est difficile, à court et moyen termes, de transformer ce secteur puisque la durée de vie des appareils est très longue. Le comité préconise l’examen, à l’échelon européen, de mesures économiques susceptibles d’accélérer le développement de technologies à faibles émissions de gaz à effet de serre et de mesures fiscales visant à réduire la demande et la fréquence des vols.

2.3. La production d’électricité

En 2002, la production d’électricité représentait 30 % des émissions domestiques britanniques de gaz à effet de serre. Il faut noter, cependant, que globalement les émissions ont diminué de 20 % entre 1990 et 2002, reflet des nouvelles façons de produire de l’énergie, comme le remplacement de centrales à charbon et à fioul par des centrales à gaz d’un rendement plus élevé et rejetant moins de CO2. Les parts d’électricité produites par les centrales à gaz, au charbon ou nucléaires représentent respectivement 38 %, 35 % et 22 % de l’énergie produite au Royaume-Uni. Notons que d’ici à 2020, si le parc de centrales nucléaires n’évolue pas, le taux d’énergie nucléaire devrait passer de 22 % à 7 %, aggravant ainsi la situation. Les projections du DTI montrent que le secteur de production d’électricité passera de 158,2 millions de tonnes de CO2 aujourd’hui à 139 en 2010. Cependant l’Association des fournisseurs d’électricité (« Association of Electricity Producers », AEP) a qualifié ces hypothèses d’« héroïques » si l’on considère la demande énergétique croissante de la population.

2.3.1. Les énergies renouvelables

La « Renewables Obligation » impose que 10,4 % de l’électricité britannique soit produite par le biais des énergies renouvelables d’ici à 2010, ce taux devant atteindre 15 % d’ici à 2015 (cf. Actualités scientifiques au Royaume-Uni Décembre 2004, p.3). À l’heure actuelle, le Royaume-Uni est légèrement en retard sur ces objectifs puisqu’au lieu des 4,3 % fixés pour 2003-2004, la proportion d’énergies renouvelables n’a été que de 2,4 %. Bien que la RO soit neutre face aux technologies employées, il apparaît que seule l’énergie éolienne terrestre se développe pour des raisons pratiques de coûts et de déploiement. L’énergie éolienne en mer est commercialisable mais demande des investissements très importants alors que l’énergie provenant des vagues, marée-motrice ou solaire ne sont toujours pas considérées comme viables commercialement. Le Comité pour l’Environnement, l’Alimentation et les Affaires Agricoles recommande fortement au gouvernement d’encourager le développement des biocarburants et des énergies marine et solaire plutôt que de ne s’appuyer que sur les parcs éoliens. Le comité se dit particulièrement soucieux du déclin du nucléaire, puisque si la proportion de nucléaire passe à 7 % en 2020, l’effort de développement des énergies renouvelables aura jusque-là été vain.

2.3.2. La cogénération

La cogénération consiste à produire en même temps et dans la même installation de l’énergie thermique et de l’énergie mécanique. L’énergie thermique est utilisée pour le chauffage et la production d’eau chaude à l’aide d’un échangeur. L’énergie mécanique est transformée en énergie électrique grâce à un alternateur. L’énergie utilisée pour faire fonctionner des installations de cogénération peut être le gaz naturel, le fioul ou toute forme d’énergie locale (géothermie, biomasse) ou liée à la valorisation des déchets (incinération des ordures ménagères…). Cette source d’énergie fait fonctionner une turbine ou un moteur. D’après la « Combined Heat and Power Association », les centrales de cogénération permettent une réduction 30 % et 10 % des émissions en CO2, respectivement, par rapport aux centrales classiques à charbon et à gaz. Notons que les installations récentes permettent un gain de 50 % par rapport aux centrales à charbon. L’utilisation d’unités de micro-cogénération pour un usage domestique est aussi une solution envisagée. Le Comité pour l’Environnement, l’Alimentation et les Affaires Agricoles accuse le gouvernement de ne pas faire assez d’efforts vers la cogénération même si celui-ci annonce un fort désir de développement vers une technologie actuellement économiquement viable. Il recommande d’inclure dans le budget une aide pour déployer l’utilisation de la micro-cogénération chez les particuliers.

2.3.3. L’énergie nucléaire

Un récent rapport édité par le Comité Science et Technologie de la Chambre des Lords (« House of Lords Science and Technology Committe ») incite le gouvernement à ouvrir un débat public sur l’énergie nucléaire puisqu’il faut entre 10 et 15 ans entre le lancement d’un projet et sa réalisation. En revanche, « World Wide Fund For Nature » (WWF, association pour la protection de la nature) et les FoE y sont farouchement opposés du fait des difficultés de gestion des déchets nucléaires et du coût élevé de ces installations.
En 2003, le gouvernement a demandé au Comité de gestion des déchets radioactifs (« Committee on Radioactive Waste Management ») de présenter des propositions techniques au problème de la gestion des déchets. Ses recommandations sont attendues en juillet 2006. Le rapport Assurons l’avenir (« Securing the Future »), édité par le gouvernement en 2004, pose aussi le problème des déchets et de la non attractivité économique mais laisse ouverte la possibilité d’un plan nucléaire sous la condition d’études préalables et de la parution d’un Livre blanc. Le Comité pour l’Environnement, l’Alimentation et les Affaires Agricoles demande au gouvernement d’adopter une position claire face au nucléaire.

2.4. La capture et la séquestration du carbone
La séquestration du CO2 consiste en la capture et le stockage du CO2 et la prévention de son relâchement dans l’atmosphère. La façon la plus écologique de séquestrer le carbone est le stockage souterrain, soit dans des gisements de pétrole épuisés, soit dans des nappes aquifères salées (cf. Actualités scientifiques au Royaume-Uni Mars 2005, p. 21). Selon le Livre blanc sur l’énergie, ce procédé devrait être mis en place d’ici à 2006-2008 pour utiliser les plus grands gisements de pétrole avant leur démantèlement. Le gouvernement développe actuellement une stratégie visant à utiliser la séquestration du carbone d’ici à 2020. Le Comité pour l’Environnement, l’Alimentation et les Affaires Agricoles considère la capture et la séquestration du carbone comme une technologie ayant de nombreux avantages. Cependant, la viabilité économique et l’impact méconnu sur l’environnement sont deux problèmes qu’il faut éclaircir. De plus, la disparité entre la date imposée de mise en application et celle de la réelle mise en application pose un problème de cohérence évident que le gouvernement doit prendre en compte. Enfin, le comité conseille au gouvernement de ne pas utiliser trop de temps et de ressources sur cette problématique puisque cette technologie ne serait que palliative et ne s’inscrit pas dans une logique de développement durable.

2.5. Les particuliers : habitations et utilisations domestiques

En 2002, les habitations particulières représentaient 24 % des émissions de gaz à effet de serre et 27 % des émissions en CO2.

2.5.1. Les habitations existantes

L’outil législatif relatif à l’amélioration du rendement énergétique est le Pacte pour l’efficacité énergétique (« Energy Efficiency Commitment », EEC). Les producteurs de gaz et d’électricité doivent promouvoir l’amélioration de l’efficacité énergétique domestique et aider les consommateurs à mieux utiliser leur énergie. L’EEC prend fin cette année et sera remplacé par l’EEC2 dont les objectifs ont été doublés pour la période 2005-2008. Pour cela, l’EST a lancé en février 2005 une campagne publicitaire, financée par le Defra à hauteur de 3 millions de livres (environ 4,4 millions d’euros), qui prône un rendement énergétique meilleur dans les foyers.
Selon l’« Energy White Paper », garantir l’isolation en installant 4,5 millions de murs à cavités entre 2005 et 2010 permettrait une diminution du rejet de 1,2 million de tonnes de carbone. Installer 100 millions d’ampoules à basse consommation permettrait une réduction d’émissions de 0,5 million de tonnes de CO2. Actuellement, seuls six millions de foyers sur 17,5 millions sont équipés d’une isolation par murs à cavités et 30 millions d’ampoules à faible consommation sur 530 millions potentielles sont utilisées. Le Comité pour l’Environnement, l’Alimentation et les Affaires Agricoles conseille au gouvernement d’établir une stratégie pour inciter les particuliers à isoler leurs murs et à installer des ampoules à faible consommation. Ceci permettra par la même occasion d’améliorer la sensibilisation du public en matière d’économies d’énergie.
L’utilisation d’énergies renouvelables domestiques est souvent perçue comme étant d’un coût prohibitif. L’EST rappelle que l’investissement nécessaire pour installer des murs à cavités peut-être amorti en deux ans sous le régime de l’EEC, alors que les systèmes de chauffage solaire sont amortis en vingt ans. Le Comité pour l’Environnement, l’Alimentation et les Affaires Agricoles considère que l’EEC n’a pas un impact assez fort sur l’installation d’énergies renouvelables chez les particuliers. Le coût de l’investissement initial doit être pris en compte de toute urgence par le gouvernement.
De nombreux acteurs interrogés par le Comité pour l’Environnement, l’Alimentation et les Affaires Rurales ont proposé la réduction de la taxe sur l’achat d’une propriété (« Stamp Duty »), en échange de l’installation de systèmes qui améliorent le rendement énergétique. Pour le Comité pour l’Environnement, l’Alimentation et les Affaires Agricoles, cette réduction de taxe toucherait 900 000 propriétés vendues chaque année. Le comité pense que cette solution doit être mise en place même si elle ne permet pas de toucher la majorité des foyers. De plus, le gouvernement devrait examiner les modifications à apporter au dispositif fiscal, par exemple une réduction de la « Council tax » (taxe d’habitation).

2.5.2. Les nouvelles habitations

WWF a déclaré que l’utilisation de technologies ayant un bon rendement énergétique n’ajoutait en moyenne que 2 % au prix d’une habitation. Cependant, selon le « Tyndall Centre », centre britannique transdisciplinaire de recherche sur le changement climatique, le Royaume-Uni construit toujours des maisons ayant des rendements énergétiques très faibles. Le cabinet du Premier Ministre a lancé en janvier 2005 le plan à 5 ans, Une Maison pour Tous (« Homes for all »), qui propose la création d’un guide de bonnes pratiques pour la construction de bâtiments dans une logique de développement durable. De plus, un concours a été lancé pour construire des habitations à moins de 60 000 livres (environ 87 000 euros). Le Comité pour l’Environnement, l’Alimentation et les Affaires Agricoles accueille favorablement l’intégration des mesures concernant l’efficacité énergétique des constructions individuelles. Cependant le comité se demande si cela est cohérent avec la construction d’habitations à des prix plus abordables, comme une maison à moins de 60 000 livres.

2.6. Le secteur commercial

Le secteur commercial a contribué en 2002 à respectivement 29 % et 32 % des émissions en gaz à effet de serre et de CO2. Il n’existe que peu ou pas de mesures particulières concernant l’efficacité énergétique de ce secteur, même si c’est celui dont les besoins énergétiques augmentent le plus vite. L’impact de la taxe sur le changement climatique (« Climate Change Levy », CCL) n’a été que très limité. Cette taxe porte sur la consommation d’énergie utilisée par le secteur industriel afin d’inciter l’augmentation de l’efficacité énergétique des procédés industriels et les investissements dans les technologies à faible consommation de carbone.
Le « Carbon Trust », entreprise indépendante recevant des fonds du gouvernement pour aider les entreprises et le secteur public à émettre moins de carbone, vient de lancer une campagne de sensibilisation sur les impacts du secteur commercial sur le changement climatique. Selon le Defra, le « Carbon Trust » recevra un financement minimum de 192 millions de livres (environ 280 millions d’euros) sur les trois prochaines années. Le Comité pour l’Environnement, l’Alimentation et les Affaires Agricoles soutient les initiatives mises en place par le « Carbon Trust » mais il conseille au gouvernement de légiférer pour obliger les bâtiments commerciaux à utiliser des systèmes d’économies d’énergie et d’y intégrer des équipements leur permettant de produire une partie de leur énergie.

2.7. La communication et la sensibilisation de la population

Selon L’EST, il existe un manque de confiance des consommateurs vis-à-vis des agents politiques qui légifèrent sur le changement climatique. De plus, la conférence scientifique « Avoiding Dangerous Climate Change » tenue à Exeter en février 2005 a souligné dans ses conclusions le manque de sensibilisation du public qui considère le changement climatique comme un phénomène éloigné dans le temps.
L’EST pilote le Réseau pour une énergie durable (« Sustainable Energy Network », SEN) : ce réseau est destiné à informer et conseiller les particuliers qui veulent s’engager dans la lutte contre le réchauffement climatique. Ce projet a reçu, en décembre 2004, un financement de 10 millions de livres (environ 14,5 millions d’euros). Le Defra a annoncé l’allocation de 12 millions de livres (environ 17,5 millions d’euros) pour les campagnes de sensibilisation lors des trois prochaines années. Le Comité pour l’Environnement, l’Alimentation et les Affaires Agricoles pense que la sensibilisation du public est une priorité. Il félicite le Defra d’avoir investi 12 millions de livres en campagne publicitaire. Cependant il craint que le public ne soit pas assez sensibilisé au phénomène de changement climatique. Il recommande de lancer une étude pour comprendre quelles sont les barrières à la sensibilisation et aux changements de comportement du public. Il ajoute qu’il est impératif d’accompagner toute initiative publicitaire par un ensemble de dispositifs d’information (Internet, support téléphonique…). Enfin il soutient l’action de l’EST via le SEN et enjoint le Defra à financer ses actions.


3. Le rôle du gouvernement britannique dans la gouvernance du G8 et de l’Union Européenne Retour à la table des matières

Le Royaume-Uni assure en 2005 la présidence du G8 et celle de l’Union européenne pendant le deuxième semestre 2005. Tony Blair y a inscrit le changement de climat comme priorité. Les trois principaux points qui seront abordés sont les suivants :
- établir un consensus scientifique sur le changement de climat et les menaces associées ;
- établir un plan destiné à accélérer les avancées de la science et la technologie nécessaires pour contrer cette menace ;
- établir un accord avec les pays dont la demande en énergie augmente, comme la Chine et l’Inde, afin de les aider à atteindre leur objectif dans une logique de développement durable.
Notons que le premier point a été partiellement abordé lors de la récente conférence « Avoiding Dangerous Climate Change ».

3.1. Le plan d’allocation des quotas de gaz à effet de serre

Rappelons que le protocole de Kyoto instaure trois mécanismes permettant aux pays industrialisés d’atteindre leurs objectifs : l’échange des droits d’émissions et la mise en œuvre conjointe permet l’échange entre pays industrialisés de droits d’émissions et le développement propre permet l’obtention de crédits supplémentaires en mettant en œuvre des projets de réduction des émissions à l’étranger. L’Union Européenne se place en précurseur et a déjà développé son propre système d’échange de quotas d’émissions avec une directive approuvée par le parlement européen en juillet 2003. L’échange des quotas débutera en 2005 pour tous les états membres de l’Union élargie.
Le gouvernement britannique a annoncé il y a un an un plan national d’allocation ; cependant Margaret Becket, alors Ministre du Defra, a déclaré en octobre 2004 que ces objectifs étaient incompatibles avec de nouvelles prévisions de demandes énergétiques et a présenté un nouveau plan à la Commission Européenne. Selon le nouveau plan révisé, les émissions de CO2 totales entre 2005 et 2008 ne devraient pas dépasser 756 millions de tonnes, soit 20 millions de tonnes de plus qu’initialement annoncé. Cependant, la Commission Européenne a rejeté cette requête en janvier 2005 à cause de sa soumission tardive. En mars 2005, le gouvernement britannique a fait savoir qu’il lancerait le programme initialement prévu et approuvé par la Commission Européenne mais il a l’intention de poursuivre en justice celle-ci pour avoir gain de cause. FoE est de fait inquiet de la crédibilité internationale du Royaume-Uni et l’« International Climate Change Taskforce » voit d’un œil circonspect la décision du gouvernement de revoir à la hausse ses émissions de CO2 puisque « que ce soient les États-Unis ou l’Australie ou des pays en grande croissance comme la Chine ou l’Inde, ils regardent tous avec grand intérêt la mise en place du plan européen d’allocation des quotas. Si celui-ci connaît des difficultés dès les premiers mois, nous en paierons le prix fort  ». Le Comité pour l’Environnement, l’Alimentation et les AffairesAgricolesnevoitpasd’unbon oeil les incertitudes entourant le plan national d’allocation britannique des quotas , qui selon luientachesacrédibilitéinternationale. Il nourrit des inquiétudes quant à l’existence d’un écart entre la politique britannique et la politique européenne, alors qu’aujourd’hui les plans nationaux d’allocations de 22 pays membres ont été approuvés.

3.2. Les objectifs de Kyoto au sein de l’Europe

D’après les termes du Protocole de Kyoto, l’Union Européenne doit réduire d’ici à 2008-2012 ses émissions de gaz à effet de serre de 8 % par rapport à 1990, or seule une réduction de 2,9 % a été obtenue jusqu’à présent. Notons que le FoE a déclaré que l’Union Européenne n’allait pas atteindre les objectifs fixés et met l’emphase sur le manque d’efforts, notamment dans le secteur des transports. Le Comité pour l’Environnement, l’Alimentation et les Affaires Agricoles ajoute qu’il est certes important pour l’Union Européenne d’atteindre ses objectifs mais surtout que cela est indispensable pour convaincre le reste du monde de ratifier le Protocole de Kyoto.

3.3. L’agriculture

Le Comité pour l’Environnement, l’Alimentation et les Affaires Agricoles recommande au gouvernement de saisir l’opportunité de la réforme de la Politique Agricole Commune et de la réallocation des fonds pour l’agriculture afin d’encourager la production de biocarburants et la mise en place de pratiques durables dans l’agriculture.

3.4. Les relations internationales et le G8

Les États-Unis produisent 20,6 % des émissions de gaz à effet de serre et le G8 compte pour 47 % des émissions mondiales en CO2. Le groupe de travail international sur le changement climatique (« International Climate Change Taskforce »), crée en mars 2004 par l’Institut pour la Recherche de Politique Publique (« Institute for Public Policy Research »), le Centre pour l’Avancement Américain (« Center for American Progress ») et l’Institut Australien (« Australian Institute »), a publié un rapport enjoignant tous les pays du G8 à adopter des objectifs nationaux de telle façon que chaque pays produise au moins 25 % de son électricité par le biais d’énergies renouvelables d’ici à 2035. Le Comité pour l’Environnement, l’Alimentation et les Affaires Agricoles espère que le gouvernement britannique saisira la chance de la présidence du G8 et de l’Union Européenne pour faire avancer le débat et les accords concernant les mesures à prendre contre le changement climatique. Il applaudit le travail de l’ « International Climate Change Taskforce » et encourage le gouvernement à soutenir au mieux ses actions.

3.5. Les pays en voix de développement

D’après les prévisions des Nations Unies, les pays en voix de développement représenteront en 2050 une part majoritaire des besoins en énergie. L’état des lieux énergétique mondial (« World Energy Outlook ») publié en 2002 prédit que les émissions globales en CO2 devraient augmenter de 70 % entre 2002 et 2030, la grande majorité de cette augmentation provenant de la Chine et de l’Inde. Le continent africain, quant à lui, devrait souffrir des conséquences du changement climatique bien plus que les autres pays puisque cela ne fera qu’exacerber pauvreté, inondations, sécheresses, conflits et pandémies.
L’« International Climate Change Taskforce » recommande au G8 de créer un « G8 + Climate Group » qui inclurait des pays émergents, comme la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud, pour envisager les moyens de parvenir à une réduction des gaz à effet de serre. Ceci ne doit pas concurrencer le Protocole de Kyoto mais exister en parallèle. Le Comité pour l’Environnement, l’Alimentation et les Affaires Agricoles remarque l’inévitabilité de l’emploi des stocks de charbon existants dans les pays en voix de développement. C’est pourquoi il recommande au gouvernement d’encourager le développement international de techniques de réduction des émissions des centrales à charbon durant sa présidence au G8 et à l’Union Européenne. Il approuve la suggestion de création d’un « G8 + Climate Group ». Notons que l’« Environment Audit Committee » a aussi publié début mars un rapport intitulé Le Défi International du changement climatique : Présidence Britannique au G8 et à l’Union Européenne (« The International Challenge of Climate Change : UK Leadership in the G8 & EU »). Aidé de celui-ci et de « Climate Change : looking forward », le gouvernement devrait éditer le nouveau « UK Climate Change Program » au cours de l’année 2005.
Sources : Defra, www.defra.gov.uk le rapport « Climate Change : looking forward » est accessible à l’adresse http://www.publications.parliament.uk/pa/cm200405/cmselect/cmenvfru/130/130i.pdf