Téléchargez ci-dessous le dossier spécial du numéro de Juin 2006 des Actualités Scientifiques au Royaume-Uni.
Cette association indépendante et gouvernée de façon autonome rassemble 800 chercheurs, les Fellows, élus par leurs pairs et choisis pour l’excellence de leurs travaux dans une ou plusieurs branches des sciences humaines et sociales. Chaque année, les Fellows ont la possibilité d’élire jusqu’à 35 nouveaux membres ordinaires. La B.A. compte en effet également des membres à titre honorifique (Honorary Fellows) et des membres correspondants choisis parmi les chercheurs étrangers. On dénombre en tout 1100 Fellows.
Les missions de la B.A. sont fixées par la Charte de 1902 et réaffirmées par la commission d’enquête sur les objectifs (Strategic Review) de 2003. Elle a la charge de promouvoir, de soutenir et de représenter la recherche de haut niveau en sciences humaines et sociales.
La poursuite de cet objectif se traduit par :
• la mise en place de collaborations internationales où la B.A. peut faire la démonstration de l’excellence britannique ;
• l’accent mis sur les recherches inter-disciplinaires au sein des sciences humaines et sociales, de manière à renforcer les liens dans cette communauté ;
• la mise à disposition de moyens financiers : allocations de bourses, financements de projets de recherche et organisations de conférences.
Les ressources de la B.A. sont d’origine principalement publique et les dépenses sont pour l’essentiel consacrées à l’attribution de bourses et au soutien de projets de recherche.
Environ 64 % du budget est consacré à des bourses post-doctorales, 27 % à la recherche, 9 % à l’administration.
La B.A. reçoit en effet une subvention gouvernementale qui représente pour l’année 2005-2006 87 % de son budget global. Cette subvention, versée jusqu’en 2005 par le Department for Education and Skills (DfES, ministère de l’Education), est maintenant attribuée par l’Office of Science and Innovation (OSI) au sein du Department of Trade and Industry (DTI, ministère du Commerce et de l’Industrie). Ce changement s’est accompagné d’une hausse importante de la somme accordée à la B.A., de manière surtout à couvrir ce qu’on appelle les coûts économiques totaux (pour plus d’information concernant les coûts économiques totaux, voir p.16 de ce numéro) qui se mettent en place cette année, mais aussi pour affirmer l’intérêt de l’OSI envers les sciences humaines qui ne relevaient pas jusque-là de sa compétence.
Pour l’année 2005-2006, la B.A. se voit allouer 14 millions de livres (environ 20,3 millions d’euros), qui passeront l’année prochaine à 18 millions et à un peu plus de 21 millions en 2007-2008.
La B.A. dispose également de ressources privées qui proviennent de dons, de legs, de contributions des Fellows eux-mêmes et de subventions accordées par des fondations privées pour soutenir des activités et des projets précis.

3.1 Publications, conférences et autres activités de communication
La diffusion du savoir
La B.A. publie différentes collections à Oxford University Press. Ces ouvrages se caractérisent par leur diversité, puisqu’on y trouve les comptes-rendus des conférences qu’elle organise, des dictionnaires, des éditions de textes et des catalogues archéologiques. La B.A. a publié 27 volumes au cours de l’année passée. La B.A. organise des événements destinés à des publics différents. Les Academic events, pour un public de spécialistes, et les Public events, qui s’adressent à tout un chacun et sont organisés autour de questions d’actualité.
Les Academic events peuvent prendre la forme soit de conférences, par des spécialistes reconnus, soit de débats, présentations plus informelles qui favorisent la discussion, soit de colloques. Au cours d’une année universitaire ordinaire, la B.A. organise une quinzaine de conférences, jusqu’à trois débats et une dizaine de colloques (sur une, deux, ou trois journées).
Les Public events ont pour but d’éveiller la curiosité du public non spécialisé et de permettre le débat à propos d’une question précise dans le domaine des sciences humaines et sociales. Certains de ces événements offrent une plate-forme aux chercheurs soutenus financièrement par la B.A. Il faut noter que la B.A. a organisé dernièrement plusieurs événements destinés au grand public sur des sujets touchant à des questions d’actualité, en particulier dans le domaine politique. C’est pour elle une manière de démontrer « l’utilité » des sciences humaines et sociales, leur lien avec la société et leur impact sur elle. N’oublions pas que le financement de la recherche au Royaume-Uni est de plus en plus soumis à la pression du gouvernement, qui souhaite qu’elle soit rentable et fournisse des résultats pratiques et directement applicables.
Remarquons que la B.A. a initié une série de conférences spéciales itinérantes sur le thème « Culture et Civilisation : l’Islam en Europe et l’Europe au Moyen-Orient ». Les premières séries ont déjà eu lieu à Londres et à Belfast, la prochaine doit être bientôt accueillie à Ankara (Université de Bilkent).
Par ailleurs, la B.A. s’efforce d’utiliser Internet pour acquérir une plus grande visibilité. En plus de s’être dotée d’un site qui fournit une information très complète sur ses activités, elle a lancé, à l’occasion de son centenaire en 2002, une sélection de ressources accessibles par Internet dans le domaine des sciences humaines et sociales, baptisée PORTAL. Aujourd’hui, le site de la B.A. reçoit un million de visiteurs par mois et PORTAL, 35 000. Ces visiteurs se répartissent partout dans le monde et appartiennent à des groupes sociaux-culturels très différents.
Les prix et les médailles
La B.A. décerne plusieurs prix et médailles.
Elle attribue un prix littéraire annuel, le British Academy Book Prize, qui récompense un ouvrage de haute tenue scientifique et à la portée du public non-spécialiste. Le Derek Allen Prize distingue des travaux dans les domaines de la numismatique, des études celtes et de la musicologie. Le Rose Mary Crawshay Prize est destiné aux chercheurs en littérature anglaise. Le Sir Israel Gollancz Prize couronne également des recherches publiées dans le domaine de la littérature anglaise. Elle distribue chaque année cinq médailles. La Burkitt Medal couronne des recherches dans le domaine des études bibliques, la Grahame Clark Medal, des travaux d’archéologie préhistorique, la Kenyon Medal est destinée à la recherche en littérature grecque ou latine, ou à l’archéologie, la Leverhulme Medal couronne les sciences humaines et sociales, la Serena Medal les travaux pour l’avancement des études en littérature ou civilisation italiennes.
3.2 Programmes de financement de la recherche
Depuis 1902, la situation institutionnelle des sciences humaines et sociales a changé au Royaume-Uni. Aujourd’hui, deux conseils de recherche, l’Economic and Social Research Council (ESRC) et l’Arts and Humanities Research Council (AHRC), contribuent grandement au financement de la recherche dans ces deux domaines.
L’AHRC a obtenu son statut de Council en 2005, et depuis, la British Academy a à cœur de réviser ses programmes de financement de manière à affirmer à la fois son originalité et sa complémentarité. Il existe plusieurs catégories de soutien financier :
• les projets de recherche : différents modes de financements sont prévus, tant par le montant des sommes que par la durée des projets et leur dimension (nombre de chercheurs impliqués, projets strictement nationaux ou internationaux) ;
• les colloques et congrès : la B.A., ici encore, propose des soutiens financiers d’importance variable pour des colloque au Royaume-Uni ou à l’étranger, qui vont de la prise en charge des frais de transport d’un seul chercheur au co-financement d’un congrès international ;
• les postes : la B.A. finance des postes de jeunes chercheurs (post-doctorants) sur trois ans, de chercheurs confirmés et de professeurs qui peuvent ainsi se consacrer à la recherche à plein temps.
Instituts « hors les murs »
La B.A. a pris en charge, à partir de 1950, un certain nombre d’institutions de recherche britanniques. Parmi celles-ci se trouvent 5 instituts britanniques de recherche à l’étranger : la British School at Athens, le British Institute in Eastern Africa, le British Institute of Perian Studies, la British School at Rome et le Council for British Research in the Levant. Viennent s’ajouter cinq instituts qui travaillent sur des pays étrangers mais qui sont installés au Royaume-Uni, British School of Archeology in Iraq, la Egypt Exploration Society, la Society for Libyan Studies et la Society for South Asian Studies, le Committee for South-East Asian Studies, ainsi que le Council for British Archeology, dont le terrain de recherche reste le Royaume-Uni.
En tout, la B.A. aura consacré 36 millions de livres (environ 52 millions d’euros) à ces différentes institutions au cours de l’année 2005-2006.
Programmes internationaux
La B.A. s’est dotée de plusieurs outils pour favoriser et développer les collaborations internationales en sciences humaines et sociales.
Elle a ainsi mis en place de nombreux accords (37 à ce jour) avec des institutions partenaires, en général d’autres académies nationales ou des organismes de financement de la recherche, et ce, dans 27 pays. L’accent est mis sur les réseaux et l’élaboration de projets de recherche communs. Une cinquantaine de ces accords seront signés cette année. Pour les prochaines années, l’Inde constitue un partenaire privilégié avec lequel la B.A. désire renforcer ses liens.
Signalons que la B.A. a signé deux accords avec des organismes français, le CNRS d’une part, et la Maison des Sciences de l’Homme, d’autre part.
• Accord British Academy/CNRS : cet accord prévoit le soutien de projets conjoints entre des chercheurs français et britanniques pour un montant allant jusqu’à 2 500 livres (environ 3 600 euros) sur une période de deux ans.
• Accord British Academy/Maison des Sciences de l’Homme : cet accord est destiné aux chercheurs intéressés par le démarrage de collaborations franco-britanniques ou la participation à des projets déjà engagés. Il couvre les frais de voyage et d’hébergement pour de courtes périodes afin d’assurer la réalisation de ces projets.
D’autre part, la B.A. est membre de plusieurs organisations internationales regroupant des académies nationales, des sociétés savantes ou des organismes de financement de la recherche :
• l’Union Académique Internationale qui rassemble 40 académies de par le monde ;
• la Fondation Européenne pour la Science, qui compte 78 membres ;
• la All European Academies (ALLEA) qui réunit 52 académies de 39 pays européens ;
• l’International Human Right Network qui rallie 65 académies et sociétés savantes.
La B.A. est en train de mettre en place deux comités chargés de développer et de promouvoir les liens et les programmes de recherches communes avec l’Afrique d’une part et l’Amérique latine et les Caraïbes d’autre part.
La B.A. s’est dotée d’un programme de « chercheurs invités » (Visiting Fellowships) qui aura permis à 36 chercheurs étrangers de faire des séjours dans des institutions britanniques au cours de l’année universitaire 2005-2006. A partir de 2006, la B.A. désire favoriser les jeunes chercheurs (moins de 5 ans après le doctorat) et va prendre en compte la réforme des « coûts économiques totaux ». Un certain nombre de ces invitations sera réservé à des jeunes chercheurs d’Afrique ou d’Amérique latine et les Caraïbes.
Auteur : Mariana Saad
Source : The British Academy Operating Plan 2005-2006 www.britac.ac.uk/misc/plan/index.html