Alors que le Royaume-Uni occupe la présidence de l’Union Européenne et du G8 et que le premier ministre britannique a réitéré plusieurs fois sa volonté de donner la priorité à l’aide à l’Afrique, le « Science and Technology Select Committee » de la Chambre des Communes a souhaité se pencher sur la place faite à la science et à la technologie dans l’aide aux pays en voie de développement (PED). Les députés ont ainsi adopté leur format d’enquête habituel, mélange d’auditions publiques et de contributions écrites auxquelles ils ont adjoint un voyage au Malawi. Au-delà de l’audit du DFID, l’enquête des députés dresse une perspective intéressante des motivations, des moyens mis en œuvre et des résultats des aspects scientifiques et technologiques de l’aide britannique au développement.
Le rapport définitif du comité a été publié en octobre 2004 et le gouvernement a fait connaître sa réponse courant janvier 2005.
Les objectifs des députés étaient de plusieurs ordres ; il s’agissait de comprendre comment :
• la science et la technologie contribuent aux prises de décision sur les dépenses d’aide au développement ;
• la recherche est utilisée pour servir de fondement aux décisions politiques en matière de développement international ;
• le Royaume-Uni soutient la science et la technologie dans les PED.
Si l’aide britannique officielle au développement s’élevait à plus de 4,1 milliards de livres (environ 5,9 milliards d’euros) en 2004-2005, elle devrait atteindre 6,7 milliards de livres par an (environ 9,7 milliards d’euros) en 2007-2008. De plus, si le Royaume-Uni atteint son objectif de 0,7 % du PNB en 2013 au plus tard, l’aide devrait atteindre 9,7 milliards de livres (environ 14 milliards d’euros). Les députés rappellent que ces sommes considérables ne font que refléter l’ampleur du défi : 1,1 milliard de personnes vit avec moins d’un dollar par jour, 2 milliards de personnes n’ont pas accès à des installations sanitaires correctes, 1,1 milliard de personnes n’a pas accès à l’eau potable et 37,8 millions de personnes sont séropositives ou malades du sida.
Les députés on choisi de se concentrer essentiellement sur le « Department for International Development » britannique (le DFID, le ministère pour l’aide au développement) qui, en 2004-2005, a géré 3,8 milliards de livres d’aide (environ 5,5 milliards d’euros). Leur rapport s’articule autour de deux axes : d’une part l’analyse, parfois très critique, des rapports du DFID avec la science et la technologie et, d’autre part, une étude plus large des mécanismes britanniques d’aide au PED en matière de science et de technologie. En particulier, ce deuxième axe inclut des considérations sur la recherche britannique dans le domaine des sciences du développement.
Il faut noter que les députés ont placé un fort accent sur les « sciences dures », par opposition aux sciences sociales dont on verra qu’ils déplorent ce qu’ils considèrent être la mainmise croissante sur l’aide britannique aux PED. On notera également que les termes Nord et Sud désignent respectivement les pays développés et les PED.
Avant de se pencher plus précisément sur les actions britanniques, les députés ont souhaité brosser un bref tableau du paysage de l’aide aux PED. Le « International Development Act 2002 » a défini la réduction de la pauvreté comme objectif principal de l’aide. Par ailleurs, le travail du DFID se concentre essentiellement sur les pays à faible revenu. Toutefois, il travaille également avec les économies à revenus moyens afin de promouvoir leur développement économique et social de façon continue. Le DFID s’est fixé pour objectif d’atteindre d’ici à 2015 les « Millenium Development Goals » (MDGs). Ces objectifs ont émergé du sommet de l’Assemblée Générale des Nations Unies qui s’est tenu en septembre 2000. Les MDGs fournissent des cibles concrètes, notamment en matière de santé, de développement durable ou d’enseignement primaire.
Les députés s’intéressent ensuite à la place tenue par la science et la technologie. Selon eux, tous les pays n’ont pas besoin d’être à la pointe de la R&D. Cependant, ils doivent disposer chez eux des compétences nécessaires pour identifier les bénéfices potentiels qu’ils pourraient tirer des technologies et pour adapter les nouvelles technologies à leurs besoins et contraintes. D’autre part, la science et la recherche peuvent engendrer une culture d’investigation, d’ouverture et de respect des faits qui peut avoir des effets positifs contaminants pour la communauté du pays au sens large. En vérité, une approche scientifique, ou fondée sur les faits, de la politique fait partie intégrante de la bonne gouvernance. La conscience au niveau international de la contribution que la science et la technologie peuvent apporter au développement a d’ailleurs augmenté. Qu’il s’agisse du « New Partnership for African Development » (ou NEPAD), de la Commission pour l’Afrique récemment lancée par Tony Blair, de rapports de la Banque Mondiale, de l’ONU ou encore du Conseil Inter-Académies des Sciences (ou IAC pour « Inter-Academy Council »), la place des sciences et technologies s’affirme. De même, le gouvernement britannique a explicitement indiqué son engagement pour que la science, la technologie et la recherche soient appliquées au développement international.
Avant de s’intéresser à la fois à l’expertise scientifique et technique présente au sein du DFID et à l’approche de ce ministère vis-à-vis de la science, de la technologie et de la recherche, les députés ont passé au crible les méthodes de financement auquel ce ministère a recours.
1.1 Les stratégies de financement du DFID
Au cours des dernières années, les donneurs internationaux sont passés d’un financement par projet et par programme à une contribution budgétaire directe. En 1999, la Banque Mondiale et le FMI ont initié le « Poverty Reduction Strategy Paper » (ou PRSP) : ce document faisait suite à des recherches ayant démontré que les programmes de développement avaient plus de chance de succès si les gouvernements des PED en étaient « propriétaires » plutôt que si les donneurs tentaient d’imposer leurs propres idées. Toutefois, cette approche de soutien budgétaire direct, adoptée par le DFID, implique que les problèmes de corruption soient réglés. Elle peut également changer la nature des conseils scientifiques requis par le DFID ainsi que la nature du soutien scientifique qu’il offre aux PED : on peut en effet imaginer que les donneurs sont moins susceptibles de fournir des conseils techniques.
Toutefois, les députés estiment que la réflexion indispensable relative quant au changement des besoins en matière de science et de technologie n’a pas eu lieu au sein du DFID. Il ne semble pas que ce dernier ait considéré toutes les ramifications de ce changement de politique. En outre, la science et la technologie ne sont pas mentionnées de façon significative ni dans le PRSP ni dans les plans d’assistance aux pays. Leur priorité tend à être faible dans les PED et, si les donneurs ne formulent pas clairement le rôle qu’elles pourraient jouer dans la poursuite des MDG, elles risquent de rester largement ignorées.
Soutien à court et moyen terme
Les députés estiment que la science, la recherche et la technologie exigent des engagements sur le long terme. Mais les donneurs, à l’instar du DFID, se retrouvent devant des demandes concurrentes pour :
• l’aide humanitaire dans des situations d’urgence qui requiert des financements à court terme souvent très importants ;
• les actions à moyens termes entreprises pour atteindre les objectifs des MDGs ;
• le développement à long terme des connaissances, des infrastructures et des capacités nécessaires pour que les situations d’urgence ne se reproduisent plus à l’avenir.
Le comité n’a pas trouvé au sein du DFID de règles claires sur la façon d’équilibrer les aides à court, moyen et long termes pour chaque pays bénéficiaire. Il demande donc au DFID de mettre au point de telles règles.
Interprétation des MDGs
Le programme de développement du DFID suit les Millenium Development Goals . En particulier, un des objectifs des MDGs concerne l’enseignement primaire. Si cet objectif est louable, le comité de la Chambre des Communes rappelle que l’expansion des systèmes d’éducation secondaire et supérieure est essentielle, ne serait-ce que pour sauvegarder le flux d’enseignants. De plus, les MDGs, utilisés comme guide par les donneurs internationaux, ne consacrent pas d’objectif propre à la science, la technologie et l’enseignement supérieur ; cette omission pourrait pousser les pays développés à accorder moins d’importance à ces domaines. On peut ainsi citer les problématiques liées aux infrastructures, à l’énergie, à l’eau et aux installations sanitaires : ces domaines, qui nécessitent la mise en œuvre d’un certain nombre de technologies, sont omis des titres des MDGs et risquent d’être négligés par le DFID et les autres donneurs.
Les financements multilatéraux
Très critiques, les députés estiment que le DFID ne contrôle pas suffisamment les résultats et l’efficacité des financements alloués à des agences multilatérales. En particulier, ils citent la contribution de 970 millions de livres (soit 25 % de son budget et environ 1 404 millions d’euros) versée en 2003-2004 par le DFID aux programmes de la commission européenne dont l’efficacité est jugée douteuse. Pour le comité, il est de la responsabilité du DFID de s’assurer que l’argent des contribuables britanniques soit bien employé. Il juge très sévèrement les manquements du DFID à évaluer ses contributions aux programmes multilatéraux.
Les partenariats public-privé
Des partenariats public-privé peuvent être mis en œuvre dans le cas de l’aide au PED. Les députés sont favorables à de tels partenariats car ils présentent selon eux l’avantage principal de proposer des ressources financières supplémentaires. En particulier, dans le cas des vaccins et des médicaments, les coûts de R&D peuvent s’avérer trop élevés pour que les agences d’aide ou les donneurs en assument seuls la charge. Toutefois, il est vital d’évaluer individuellement pour chaque cas la pertinence de l’implication du secteur privé afin de s’assurer que les PED en tirent des bénéfices clairs.
1.2 Expertise scientifique et technique au sein du DFID
Les interactions entre science, technologie et recherche d’une part et le DFID d’autre part sont de trois ordres :
• le DFID commande des travaux de recherche à travers son « Central Research Department » ou auprès de ses bureaux nationaux dans les PED (« Country Offices ») ;
• le DFID doit avoir accès à un conseil de type scientifique et technique pour influencer ses prises de décision. La « policy division » (le service de politique générale) du ministère joue un rôle central dans ce cas ;
• les bureaux nationaux du DFID soutiennent les PED dans l’identification et l’atteinte de leurs besoins en matière de science et de technologie.
La « policy division » (le service de politique générale) commande des analyses à des consultants et à des « centres de ressources ». Ces centres de ressources sont des organisations qui fournissent, à la demande, des conseils au personnel du DFID sur la base de contrats de trois à cinq ans. Le format de ces centres varie ; ils représentent le mécanisme principal par lequel le DFID obtient des conseils scientifiques et techniques de la part d’organisations britanniques. En parallèle, des demandes peuvent être faites auprès d’organisations multilatérales comme l’OMS et la Banque Mondiale.
L’expertise interne
Les députés ont noté une tendance du DFID à externaliser la gestion de la recherche : cette tendance a eu pour conséquence une perte de compétence en interne. Or, selon certains chercheurs britanniques ayant contribué à l’enquête de la Chambre des Communes, la recherche n’est pas un bien que l’on achète lorsqu’on en a besoin. La perception de nombre de scientifiques britanniques est qu’il y a au sein du DFID une augmentation du nombre de sociologues et une baisse des compétences dans le domaine des sciences dures. Il faut toutefois noter que si le nombre de techniciens baisse, la qualité de ceux qui restent n’est pas remise en cause.
La politique du DFID semble être largement déterminée par des sociologues, des spécialistes de l’environnement et des économistes. De plus le DFID ne recense pas le nombre de ses employés qui disposent d’une formation ou d’une expérience dans la recherche. Les députés souhaitent d’une part que cet état de fait change et, d’autre part, que le ministère accroisse ses effectifs ayant une expérience de la recherche, en particulier pour les sciences « dures ». Les députés regrettent également que le DFID n’utilise pas plus les ressources à sa disposition en matière de recherche ; en fait, le DFID ne semble plus disposer d’une expertise suffisante en interne pour identifier à la fois ses besoins en science, technologie et recherche et les sources les plus aptes à lui fournir des conseils.
Enfin, les députés estiment que le DFID tirerait profit du détachement de scientifiques en son sein et ils recommandent que de telles procédures soient mises en œuvre, notamment dans les domaines de faiblesse.
Dans sa réponse aux députés, le gouvernement a d’ailleurs accueilli favorablement cette suggestion.
Le conseiller Scientifique en Chef (ou CSA pour « Chief Scientific Adviser »)
Jusqu’à présent, le DFID ne disposait pas d’un conseiller scientifique en chef. Les députés s’en sont étonnés, d’autant plus que ce ministère jouit du troisième plus important budget de R&D parmi tous les ministères britanniques. Cette situation vient de changer, notamment grâce à l’action du « Science and Technology Committee » de la Chambre des Communes : le DFID a nommé un CSA, le professeur Gordon Conway. Les députés se réjouissent bien sûr de cette décision … mais estiment que le fait qu’elle ait tant tardé est symptomatique de la faible culture scientifique du ministère ! Ils partagent également l’opinion de David King, le conseiller scientifique du premier ministre, que le CSA devrait être issu des sciences dures pour contrebalancer le « Chief Economist » et le « Chief Statistician » déjà en place au sein du ministère. Pour que ce poste soit efficace, il devrait également être à plein temps et associé à une équipe compétente scientifiquement. Le gouvernement ne semble pas partager cette opinion et a réaffirmé le fait que ce poste serait à temps partiel. Le DFID a également décidé de nommer un « Policy Advisory Group » qui sera chargé de conseiller le directeur général. Il sera composé de deux universitaires à la carrure internationale, d’un scientifique éminent, de représentants de la Banque Mondiale, du « British Overseas Aid Group » et d’un bailleur de fonds international pour la recherche ainsi que d’au moins trois « usagers » africains ou asiatiques des politiques du DFID.
La « policy division »
Le service de politique générale, la « policy division », du DFID a subi diverses restructurations ; notamment, les douze comités consultatifs ont été réorganisés en cinq groupes : efficacité de l’aide, croissance, mise en œuvre du service (« service delivery »), travail dans des environnements difficiles et défis futurs. Les postes de Chef Conseillers qui existaient au sein des comités consultatifs ont été quelques peu dévalorisés alors que ces personnes détenaient la réelle compétence technique. Une fois de plus, les députés regrettent que la recherche n’ait pas reçu l’attention qu’elle méritait au sein du DFID.
Les bureaux nationaux (« Country Offices » ou CO)
Les bureaux nationaux du DFID assistent les PED pour la formulation de leur stratégie de réduction de la pauvreté. Durant l’année 2001-2002, ils ont dépensé 69 millions de livres (environ 100 millions d’euros) en frais de recherche. Mais le DFID ne tient pas registre des qualifications scientifiques et techniques du personnel employé au sein de ses bureaux nationaux. Les députés condamnent le fait que le DFID n’ait pas mis en place des systèmes propres à assurer que ses employés disposent de l’expérience et de l’expertise nécessaires pour soutenir efficacement le développement des pays, particulièrement à la lumière de l’approche du « Poverty Reduction Strategy Paper » qui donne la responsabilité des programmes de développement aux pays aidés. Le comité de la Chambre des Communes recommande donc que le DFID établisse des minima pour le nombre de ses employés disposant des qualifications scientifiques et techniques appropriées pour chaque pays ou région. À cela, le gouvernement répond que les ressources humaines sont du ressort des CO et qu’il n’existe pas de plan pour instaurer des quotas de qualification.
La gestion des connaissances
Comme on l’a vu, le DFID dispose d’un service central de recherche (le « Central Research Department ») mais les députés estiment que les liens entre ce dernier et les bureaux nationaux sont trop faibles. Tout d’abord, les « country offices » n’ont pas toujours fait bon usage des programmes de recherche financés de façon centrale par le DFID. Cela peut provenir en partie du fait qu’ils éprouvent des difficultés à identifier les informations techniques susceptibles de leur être utiles. Car le DFID a tendance à considérer, de façon un peu abstraite, que la recherche qu’il finance doit contribuer au bien commun alors que ces travaux devraient être utilisés en priorité pour le développement et l’affinage de ses politiques. Ainsi, les résultats de recherche pourraient être mieux disséminés, en particulier auprès des personnels de terrain qui profiteraient également d’un soutien technique accru de la part de leur ministère de tutelle. Dans la même optique, le DFID devrait stipuler que les résultats de la recherche qu’il finance doivent être rendus publics dans un intervalle de temps raisonnable suivant la fin des travaux. De plus, l’amélioration de la gestion des archives (maintenance et accès des systèmes de gestion) constitue une nécessité.
Enfin, le comité rappelle qu’il souhaite la mise en place d’un système d’un modèle de financement des publications scientifiques plus favorable aux chercheurs des PED.
1.3 L’approche du DFID vis-à-vis de la science, la technologie et la recherche
Les députés insistent à nouveau sur la manque de culture scientifique au sein du DFID : ce ministère reste peu impliqué dans la science et ne semble pas très bien percevoir la contribution que celle-ci pourrait apporter à ses activités. La tendance au sein du DFID est plus aux sciences sociales et politiques qu’aux sciences dures. Le comité déplore le fait que le ministère n’ait été, selon eux, que faiblement impliqué dans la mise en place du plan britannique à dix ans d’investissement dans la science et l’innovation. Les députés reconnaissent que certains programmes de recherche sont excellents mais que le DFID n’exploite pas toujours pleinement les travaux qu’il finance.
Lorsqu’il finance des travaux de recherche, il semblerait que le DFID ne les évalue pas correctement et, même si des signes de changement semblent apparaître, un changement de culture devra se produire et devra être accompagné d’une augmentation de l’utilisation des ressources scientifiques à la disposition du ministère. En ce qui concerne la mise au point de sa stratégie de recherche, le processus suivi est critiqué pour son manque de clarté et l’impression donnée qu’il n’a pas pris en compte les idées et avis des personnes compétentes. Il s’ensuit qu’il semble que le DFID se soit aliéné une partie de la communauté des chercheurs britanniques. Les chercheurs des PED semblent être logés à la même enseigne puisque la perception des députés est qu’ils ont été consultés de façon minimale. Le comité Science et Technologie s’interroge donc sur la valeur de la stratégie du DFID en matière de recherche.
Le DFID a décidé de concentrer la recherche qu’il soutient sur un nombre limité de domaines et les députés approuvent cette décision. Mais ils demandent également que le DFID prenne en compte les bénéfices qui pourraient être tirés des sciences de l’ingénieur et de la technologie pour atteindre les priorités qu’il s’est fixé.
En conclusion, le rapport insiste pour que le nouveau conseiller scientifique du DFID développe prioritairement une politique cohérente pour la science, la technologie et la recherche. Cette politique devra prendre en compte la fourniture de conseils scientifiques et techniques au ministère ainsi que l’utilisation des connaissances scientifiques et des résultats de recherche pour la promotion de l’innovation.
Les députés se sont intéressés à trois problématiques, à savoir le renforcement des capacités dans les PED, la coordination des actions britanniques et les compétences britanniques en matière de sciences du développement.
2.1 Le renforcement des capacités dans les PED
Les députés reconnaissent évidemment le bien fondé des actions visant à développer les capacités scientifiques et technologiques dans les PED. Ces initiatives entraînent toute une série de bienfaits à la fois pour le Nord et le Sud, en particulier des systèmes éducatifs et de recherche plus forts au Sud ainsi que la promotion des relations internationales. Mais si l’accès aux connaissances est vital pour l’essor des capacités de ces pays visés, il doit aller de pair avec la faculté d’utiliser ces connaissances : un pays ne peut assimiler des données de R&D provenant d’autres nations que s’il est engagé dans la R&D lui-même.
L’engagement britannique
Dans le programme britannique 2004-2014 pour l’investissement dans la science et l’innovation, le renforcement des capacités des pays du Sud figure au centre de la vision pour la science britannique : « à travers le transfert de savoirs et les activités de renforcement des activités [des PED], le Royaume-Uni contribuera de façon significative au développement durable et à la stabilisation d’un monde dans lequel les problèmes liés à la pauvreté, à l’éducation, à l’eau potable, à la croissance démographique et au réchauffement de la planète seront abordés ». En outre, dans son rapport intitulé « Inventing a better future », le Conseil Inter-Académies des Sciences (IAC) rappelle qu’ « améliorer les capacités scientifiques et techniques des PED constitue une vraie nécessité et non un luxe ». Les députés britanniques partagent ces points de vue et affirment que le Royaume-Uni a une obligation de soutenir le renforcement de la science et de la technologie pour le développement et se félicitent que le gouvernement ait affiché sa détermination dans ce sens. Ils réclament alors une augmentation des fonds alloués par le DFID au développement des capacités scientifiques et techniques ainsi qu’un renforcement du rôle joué par les bureaux nationaux.
Mais une action internationale globale est essentielle du fait de la nature à long terme des projets et de l’ampleur des ressources financières nécessaires. Le DFID devrait donc profiter de son rôle de leader au sein du NEPAD et de la Commission pour l’Afrique, ainsi que des présidences britanniques du G8 et de l’Europe, pour demander une stratégie internationale pour le renforcement des capacités scientifiques et techniques, stratégie soutenue par des ressources nécessaires. Face à cette suggestion, le gouvernement britannique rappelle que la commission pour l’Afrique examinera les moyens de soutenir la science et la technologie, en particulier dans le cadre de la résurgence de l’enseignement supérieur en Afrique. Mais il estime qu’une approche pays par pays devrait être privilégiée et que les problèmes devraient être traités au niveau national plutôt que par des initiatives extérieures cantonnées à des secteurs particuliers. En conséquence, une initiative unique pour l’Afrique serait inappropriée.
Les orientations pour le renforcement des capacités
Quatre approches sont mises en œuvre dans les PED :
• la recherche dans les pays donneurs : les chercheurs des pays du Nord mènent des recherches sur les PED, en impliquant occasionnellement des chercheurs locaux ;
• les « fellowships » : des personnes originaires des PED suivent des cours et obtiennent des diplômes dans les pays développés grâce au soutien de ces derniers ;
• la formation locale : les pays développés forment et enseignent dans les institutions des PED ;
• le soutien financier : les universités et les programmes de recherche des PED sont financés directement par les donneurs.
Les actions britanniques ont essentiellement pris la forme de « fellowships » et de programmes de recherche basés à la fois au Royaume-Uni et dans les pays du Sud. De nombreux acteurs britanniques du développement ont insisté sur le fait que la formation locale était à favoriser : cette option revient moins cher, s’avère plus rentable et plus appropriée culturellement. Ainsi, l’enseignement à distance présente le double avantage de réduire les coûts et d’éviter de longues absences du pays d’origine.
Les députés ont noté une certaine tendance du DFID à abandonner l’assistance technique au prétexte qu’il s’agit généralement d’une méthode d’aide imposée par les donneurs et qu’elle pousse à négliger les connaissances locales. Cependant, ils souhaitent que l’assistance technique joue un rôle précieux dans le renforcement des capacités, pourvu que la formation et toutes les autres formes de soutien accordées aux ressortissants des pays du Sud fassent partie intégrante de l’assistance.
Les programmes de formation et les bourses d’études britanniques
Le rapport des députés dresse le panorama des principaux programmes de formation et de bourses britanniques. Quoique ces programmes jouent un rôle important dans le renforcement des capacités, le budget qui leur est accordé ne représente qu’une fraction du budget d’aide britannique total. Il faut également noter que, comme on le verra plus tard, le renforcement des capacités va bien au-delà de la simple formation.
a. « Commonwealth Scholarship and Fellowship Plan » (CSFP)
Le programme CSFP est géré par la « Commonwealth Scholarship Commission » (la CSC), un organisme public non ministériel établi à la conférence des ministres de l’éducation des pays du Commonwealth de 1959. Le DFID verse 11,75 millions de livres (environ 17 millions d’euros) et le « Foreign and Commonwealth Office » 2,05 millions de livres (environ 3 millions d’euros) aux pays du Sud et du Nord respectivement. Quoique les objectifs de ce programme soient principalement liés au développement, un petit nombre d’étudiants britanniques a reçu un financement pour étudier dans un autre pays du Commonwealth.
Historiquement, la majorité des allocations était destinée à des diplômes de troisième cycle ou à des allocations plus courtes pour des universitaires en milieu de carrière. Toutefois, la CSC a récemment introduit un nombre d’innovations, notamment des bourses pour de l’enseignement à distance ou partagé (c’est-à-dire à la fois dans le pays d’origine et au Royaume-Uni). Selon la CSC, la formation partagée contribue à la création d’un réservoir de docteurs dans les pays du Sud, à un coût relativement modeste, sans la nécessité pour les candidats de quitter leur pays pour de trop longues périodes tout en favorisant la collaboration entre les universités britanniques et celles des PED. Quant aux bourses pour l’enseignement à distance, elles remplissent un vide : en effet, les étudiants souhaitant suivre l’enseignement à distance d’une université britannique peinent à obtenir des bourses locales (ils n’étudient pas dans une institution locale) ou des bourses étrangères (ils ne se rendent pas à l’étranger). Ces deux approches présentent un autre avantage : les problématiques de recherche considérées sont souvent plus pertinentes pour les PED que les projets entrepris dans les universités britanniques.
La CSC a également introduit des « Professional Fellowships » destinés à des non-universitaires en milieu de carrière qui souhaitent séjourner au Royaume-Uni pour acquérir des compétences spécifiques. Les députés se disent particulièrement favorables à ces innovations.
Entre 1999 et 2003, 49 % des bourses étaient attribuées à des sujets liés à la science et à la technologie et ce fort pourcentage est dû, entre autres, au fait que la CSC est déterminée à continuer à financer des doctorats. 85 % des personnes ayant bénéficié du CSFP sont retournées dans leur pays d’origine mais nombre d’entre elles s’y sont senties isolées à leur retour et ont noté un manque d’équipement et d’installations.
En sus de sa participation au CSFP, le DFID verse approximativement 2 millions de livres par an (environ 2,9 millions d’euros) au « Shared Scholarship Scheme » administré par l’Association des Universités du Commonwealth. Ce programme soutient les étudiants des pays du Commonwealth qui souhaitent poursuivre des études dans le domaine du développement. Sur les 168 bourses actuelles, 54 % ont trait à la science et à la technologie.
b. « Higher Education Links Scheme » (HEL)
Ce programme cherche à promouvoir la collaboration entre deux établissements d’enseignement supérieur : l’un britannique et l’autre à l’étranger. Il a débuté en 1981 et a soutenu approximativement 3200 « Links ». En moyenne, chaque projet reçoit 8 000 à 10 000 livres par an. Ce programme est géré par le British Council et reçoit 3 millions de livres par an du DFID (environ 4,3 millions d’euros). Si l’on y ajoute les sommes versées par les institutions d’enseignement supérieur britanniques et le British Council, on atteint un budget de 10 millions de livres (environ 14,5 millions d’euros). Parmi les 430 Links existant en 2003, 47 % concernaient des pays à faibles revenus, 53 % concernaient des pays à revenus moyens et 14 % au total étaient affectés à des sujets de science et de technologie.
Aucun Links n’a été accordé depuis 2003-2004 car un audit réalisé en 2002-2003, s’il se félicitait de la faculté du programme à obtenir des fonds d’autres sources que le DFID, critiquait le manque d’évaluation et de méthode. Un nouveau programme HEL devrait débuter en avril 2005 : disposant d’un budget annuel de 3 millions de livres, il devrait durer sept ans. Il se concentrera plus fortement sur la réduction de la pauvreté et sur la promotion du développement durable et ne sera actif que pour les pays disposant de programmes bilatéraux avec le DFID. Ce dispositif :
• impliquera une collaboration plus proche avec les autres programmes du DFID (comme le CSFP) ainsi qu’avec les agences de développement engagées dans le renforcement des capacités ;
• soutiendra les liens Sud-Sud et les liens entre les partenaires du Sud et les partenaires non-britanniques ;
• insistera sur les liens scientifiques et technologiques ;
• utilisera des approches plus systématiques pour l’apprentissage et la dissémination des meilleurs méthodes.
Le contrat de gestion de ce nouveau programme sera attribué par concours ouvert.
c. « Chevening Scheme »
La plupart du soutien du FCO à la formation s’effectue au travers du programme Chevening qui dispose d’un budget annuel de 44 millions de livres (environ 64 millions d’euros) et qui alloue des bourses en majorité pour des Masters d’un an. Il s’adresse à des étudiants de troisième cycle ou à des jeunes ayant déjà commencé leur carrière. L’objectif du FCO est clair puisqu’il souhaite choisir des candidats susceptibles d’atteindre des positions de pouvoir ou d’influence dans leur pays où ils pourraient favoriser les intérêts politiques, diplomatiques, commerciaux britanniques à moyen et long terme.
En 2002-2003, moins de 7 % des financements étaient attribués à des sujets liés à la science et la technologie. Parmi ceux-ci, plus de la moitié concernaient des Masters et moins de 10 % des doctorats.
d. « Dorothy Hodgkins Postgraduate Awards »
Il s’agit d’une nouvelle initiative, disposant d’un budget de 10 millions de livres (environ 14,5 millions d’euros) et destinée à attirer dans les universités britanniques, pour y effectuer des thèses, des étudiants de grande qualité en sciences dures, sciences de l’ingénieur, médecine, sciences sociales et technologie. La première promotion de 100 étudiants originaires d’Inde, de Russie, de Chine, de Hong Kong et d’autres PED a été accueillie en octobre 2004. Le dispositif est géré par le conseil de recherche EPSRC, pour le compte de l’« Office for Science and Technology », et son financement est assuré par les conseils de recherche britanniques et l’industrie.
Le renforcement des compétences des institutions scientifiques et technologiques nationales
Il s’agit d’une des priorités du projet Millenium des Nations Unies qui considèrent que « les politiques gouvernementales dirigées vers la science et la technologie ont un rôle fondamental à jouer dans les transformations économiques. Un des domaines clés, requérant des ajustements de politique dans la plupart des PED, est la façon dont les gouvernements reçoivent les conseils qui leur sont donnés sur le rôle de la science et de la technologie dans le développement. Il faut que les conseils en matière de science, technologie et innovation atteignent les décideurs. La première étape nécessaire est de fournir le cadre institutionnel dans les PED et de s’engager à soutenir ce cadre ». En se rendant au Malawi, les députés britanniques ont pu se rendre compte que les chercheurs en agronomie ne pouvaient utiliser le terme OGM qui était perçu de façon négative. Cette attitude était le fruit des perceptions et des attitudes du Nord filtrant vers le Sud et n’était absolument pas fondée sur un éventuel débat sur les avantages et les inconvénients des OGM pour l’agriculture du Malawi. Selon les députés, cette anecdote illustre le fait que les activités d’information et de dissémination scientifiques sont aussi importantes dans les PED que dans le monde développé. En outre, elle démontre la nécessité de bâtir des compétences suffisantes pour permettre aux PED d’évaluer les risques liés aux nouvelles technologies. Le renforcement des institutions scientifiques et technologiques nationales constitue donc une priorité. Mais il ne s’agit pas que d’institutions de recherche : le système d’innovation doit également être renforcé afin que la recherche soit pleinement efficace. Ainsi, le développement des capacités de recherche doit inclure le renforcement des mécanismes de transfert de technologie et de dissémination de l’information scientifique.
Technologies de l’information et de la communication (les TIC)
Dans la cas de la science et de la technologie, les TIC fournissent un moyen d’accès à l’information et à la connaissance, particulièrement via les articles et les journaux. Citant une fois encore son rapport sur les publications scientifiques, le comité de la Chambre des Communes estime que la numérisation des journaux scientifiques a le potentiel d’accroître de façon importante l’accès par les chercheurs des PED aux travaux de recherche. Il cite également l’exemple du Canada qui a mis en place des réseaux de chercheurs travaillant sur des problèmes similaires dans des pays différents. Le DFID a également financé un certain nombre de projets liés aux TIC, par exemple en aidant l’Institut de Science, Technologie et Gestion de Kigali (Rwanda) à renforcer son infrastructure. Les députés, qui approuvent l’investissement dans les TIC, par exemple pour mettre en place des accès à Internet, encouragent le DFID à leur accorder une priorité importante. En effet, une infrastructure et un équipement TIC défaillants peuvent réduire à néant les efforts mis en œuvre pour le renforcement des capacités scientifiques : une science et une recherche efficaces demandent l’accès à un ensemble de connaissances et des chercheurs isolés ont toutes les chances de se perdre sans le soutien moral et scientifique de leurs pairs. Pour la même raison, le DFID devrait continuer à soutenir les réseaux de chercheurs dans les PED.
Infrastructure et équipement des laboratoires
Selon le Wellcome Trust, qui a apporté son témoignage à l’enquête des députés, nombre de laboratoires dans les PED sont de mauvaise qualité. Les députés britanniques rappellent que l’aide doit adopter une approche holistique en prenant en considération non seulement la formation des chercheurs mais également les infrastructures et l’équipement. En particulier, dans le cas des formations partagées ou à distance, il est essentiel de disposer d’installations adéquates. Le comité encourage donc le DFID à explorer les possibilités de fourniture d’équipements de laboratoire de qualité aux PED.
Transfert de technologie et renforcement du secteur privé
Dans les PED, le processus d’innovation est souvent freiné par la faiblesse du secteur privé local. Selon les députés, des partenariats public-privé pourraient jouer un rôle au niveau local. De plus, le renforcement des capacités scientifiques et technologiques du secteur privé viendrait en complément des efforts déployés dans le secteur public. Ce renforcement serait également vital pour l’innovation et donc, pour la croissance économique des nations du Sud.
En outre, les compétences scientifiques et technologiques d’un pays conditionnent l’expansion de ses activités commerciales et des investissements : d’une part elles permettent de développer l’infrastructure nécessaire et d’autre part elles aident le pays à atteindre les standards de qualité de plus en plus élevés exigés par le marché international. Les députés accordent une place particulière à l’industrie pharmaceutique : ils se félicitent de la détermination du DFID à soutenir cette industrie dans les PED.
Fuite des cerveaux
Pour illustrer le phénomène de fuite des cerveaux, le comité de la Chambre des Communes a choisi l’exemple des infirmières du Malawi : 23 % des infirmières formées au Lilongwe Central Hospital sont parties au Royaume-Uni à l’issue de leur formation. D’autres infirmières ont émigré en Afrique du Sud et vers d’autres pays africains. Il existe, au sein du NHS, un code de bonnes pratiques qui décourage le recrutement actif des professionnels de la santé originaires de pays qui souffriraient de leur départ. Mais les employeurs du NHS peuvent contourner ce code et s’adresser à des agences de recrutement privées ou employer de façon temporaire des personnels originaires des PED. Dans le même temps, le DFID est en discussion avec le ministère de la santé du Malawi et d’autres donneurs au sujet d’un programme de ressources humaines pour le secteur de la santé d’un montant de 270 millions de dollars (environ 204,3 millions d’euros).
Les députés estiment que la fuite des cerveaux médicaux du Malawi vers le Royaume-Uni illustre le manque de coordination au sein du gouvernement. Dans le cas où la fuite des cerveaux scientifiques et médicaux vers le Royaume-Uni est avérée, le gouvernement britannique devrait mettre en place un système de compensation directe. Le gouvernement, quant à lui, souhaite privilégier des programmes de mobilité temporaire qui partageraient plus équitablement les bénéfices tirés des migrations entre les pays d’origine et les pays d’accueil.
2.2 La coordination entre les ministères
Différents ministères et organisations gouvernementales partagent un intérêt pour la science et la technologie dans l’aide au développement : il s’agit du ministère des relations extérieures (le FCO), du ministère de l’industrie et du commerce (le DTI), du ministère de l’environnement, de l’alimentation et des affaires rurales (le DEFRA), de l’« Office of Science and Technology », des conseils de recherche britanniques (UKRC) et du « British Council ».
Le DEFRA
Le DEFRA est le ministère responsable de la politique de développement durable au sein du gouvernement mais le DFID est, quant à lui, chargé de promouvoir le développement durable et de réduire la pauvreté. Les députés soulignent donc que, du fait du recouvrement de leurs missions, une bonne coordination est nécessaire entre le DEFRA et le DFID. Il existe maintenant un groupe interministériel sur la biodiversité, incluant des secrétaires d’état du DEFRA, du DFID et du FCO.
Les députés ont également choisi de décrire deux initiatives du DEFRA.
L’initiative Darwin : le DEFRA finance et administre un programme de financement qui vise à promouvoir la protection de la biodiversité et l’utilisation durable des ressources dans les pays les moins développés. En 2004, son budget s’élevait à 1,1 millions de livres (environ 1,6 millions d’euros). Les projets durent typiquement trois ans et reçoivent un financement annuel compris entre 35 000 et 70 000 livres, des sommes équivalentes étant recherchées auprès d’une variété d’organismes, d’entreprises et de trusts. Les projets doivent être de nature collaborative et impliquer des partenariats entre des institutions britanniques et des organismes des PED.
Le centre Hadley : le DEFRA a passé un contrat avec l’office météorologique britannique qui inclut l’obligation de renforcer les capacités de prévisions météo des PED. Les députés se réjouissent de cette initiative.
Le FCO Le FCO dispose d’un réseau consacré à la science et la technologie et dont les objectifs sont les suivants :
• nourrir la politique scientifique britannique en l’informant des développements dans les différents pays du monde ;
• encourager les collaborations internationales ;
• communiquer les résultats britanniques aux autres pays ;
• développer les liens et les contacts au bénéfice de la communauté des chercheurs britanniques.
Ce réseau se concentre essentiellement sur les pays développés mais inclut également quelques PED ou en position intérimaire, tels le Brésil, le Mexique, l’Inde, la Malaisie, l’Afrique du Sud et la Pologne.
Le FCO a identifié les priorités suivantes en matière de science et de technologie :
• la promotion des intérêts économiques britanniques dans une économie globale ouverte et en expansion ;
• le développement durable ;
• la sécurité du pays et les ressources énergétiques globales.
Comme avec le DEFRA, il existe un recouvrement entre les activités du FCO et celles du DFID ; par exemple, le FCO soutient le NEPAD et a suggéré des possibilité de collaboration avec les États-Unis dans le domaine du renforcement des capacités. Les députés estiment qu’une meilleure coordination et qu’un meilleur alignement des activités des FCO et DFID seraient souhaitables. Des interactions sur le terrain seraient également les bienvenues.
UK Trade and Investment (UKTI)
« UK Trade and Investment » est l’organisation gouvernementale qui soutient d’une part les compagnies britanniques engagées dans le commerce international et d’autre part les entreprises étrangères qui cherchent à s’installer ou à s’étendre au Royaume-Uni. Malgré le conflit potentiel entre l’orientation du DTI vers la promotion du commerce et de l’industrie britannique et celle du DFID vers le développement international et la réduction de la pauvreté, les députés estiment qu’il peut exister des domaines d’intérêts convergents pour les deux ministères. Au sein de UKTI, l’équipe « Development Business » cherche à informer les sociétés britanniques des possibilités liées aux entreprises financées par l’aide au développement. Pour cela, elle travaille en étroite collaboration avec les chambres de commerce et les missions diplomatiques à l’étranger. Elle collabore également avec toutes les principales agences internationales d’aide, en particulier la Banque Mondiale, la Commission Européenne, les agences des Nations Unies, différentes banques de développement régional et le DFID. Toutefois, en matière d’innovation internationale, UKTI n’est probablement pas le meilleur partenaire du DFID dans la mesure où son objectif final reste la création de richesse au Royaume-Uni. Il serait alors pertinent que le Directeur Général pour l’Innovation en poste au DTI soit chargé de la collaboration avec le DFID. La nomination d’un conseiller scientifique au DFID devrait faciliter ce processus.
L’« Office of Science and Technology »
Au sein de l’OST, l’« International Directorate » est chargé de planifier, développer et gérer l’implication britannique dans les activités de science et de technologie de l’Union Européenne et de développer et renforcer les liens avec les partenaires scientifiques étrangers, sur des bases bilatérales ou multilatérales.
En ce qui concerne l’Europe, l’« International Directorate » contrôle les participations britanniques aux Programmes Cadres de Recherche et de Developpement (PCRD). Il est également responsable de l’implication britannique dans la coopération européenne en matière de science et de technologie (COST).
Le « British Council »
Le secteur scientifique du « British Council » dispose d’un budget de 8 millions de livres (environ millions d’euros) dédié aux programmes scientifiques mis en œuvre dans 62 pays, incluant 12 PED. En matière de sciences, de sciences de l’ingénieur et de développement, les objectifs du British Council sont d’augmenter la collaboration scientifique à travers l’échange d’idées, de connaissances et d’informations entre les jeunes britanniques et ceux des autres pays et d’accroître la reconnaissance internationale du rôle joué par le Royaume-Uni dans la créativité scientifique et l’innovation.
Parmi les actions du British Council, on peut citer les centres de connaissance et d’apprentissage à distance : grâce à Internet et à la vidéo conférence, ils permettent l’accès à l’information et aux connaissances globales, en particulier celles provenant du Royaume-Uni. On peut également citer le Réseau International pour Jeunes Scientifiques (INYS pour « International Network for Young Scientists ») qui cherche à encourager et faciliter la mobilité et les contacts entre les jeunes chercheurs ; en 2003, des évènements du INYS sur des sujets tels la biotechnologie reproductive ou le changement climatique se sont tenus dans 17 pays, incluant la Chine, l’Egypte, l’Inde et la Zambie. En outre, comme on l’a déjà vu, le British Council gère le « Higher Education Links Scheme » et le programme Chevening du FCO.
La coordination intra-gouvernementale
Un des plus importants mécanismes gouvernementaux de coordination pour les problèmes internationaux liés à la science et la technologie est le « International Committee on Science and Technology » (CSAIC) du conseiller scientifique du premier ministre. Ce comité et son jumeau, le « International Science Technology Trade and Investment Committee » (ISTTIC) dirigé par le directeur général de UKTI, ont été créés au cours de l’été 2002 à la demande du ministre de la science et de l’innovation, Lord Sainsbury. Il a été récemment décidé que ces deux comités seraient remplacés par un organisme unique, le « Global Science and Innovation Forum ». Le DFID, qui n’a rejoint le CSAIC que récemment, et le DEFRA qui n’en fait pas partie devraient être membres du nouveau Forum. Les députés insistent sur le fait qu’il est en effet vital que le DFID soit intégré dans les organismes intra-gouvernementaux pour la science et la technologie ; mais il est également important de respecter le fait que le DFID, à la différence d’autres ministères britanniques, se concentre uniquement sur le développement international plutôt que sur la promotion des intérêts britanniques.
« UK Funder’s Forum »
Le DFID a l’intention de mettre en place un « UK Funder’s Forum on International Development » afin d’identifier les perspectives communes avec les conseils de recherche et les autres ministères britanniques. Ce forum devrait également impliquer la société civile et le secteur privé. Une division de ce forum par secteur ou par thème est recommandée par les députés et cette suggestion est approuvée par le gouvernement. Ce forum sera initié par une réunion d’un large éventail de bailleurs de fonds britanniques qui devrait se tenir en 2005.
La coordination avec les autres organismes internationaux
Selon les députés, la mise en place d’un mécanisme de soutien budgétaire direct devrait faciliter la coordination avec les agences de financement multilatérales et les donneurs au niveau national. Ils saluent le fait que le DFID s’est efforcé d’harmoniser les exigences des donneurs dans le cas du « Poverty Reduction Strategy Paper ».
2.3 Les capacités de recherche au Royaume-Uni
Dans la dernière partie de leur enquête, les députés britanniques ont souhaité se pencher sur la recherche britannique dans le domaine des sciences du développement. Ils s’alarment de son érosion et recommandent in fine la mise en place d’un « Development Sciences Research Board ».
L’érosion de la capacité de recherche britannique
Les scientifiques et ingénieurs britanniques qui travaillent dans les sciences du développement (par exemple l’agronomie tropicale ou l’environnement) jouissent d’une excellente réputation. Mais de nombreux scientifiques s’émeuvent du manque de débouchés qui ne peut que dissuader les candidats potentiels aux diplômes en sciences du développement. En outre, selon l’Université de Newcastle, les frais de scolarité dans ces matières sont relativement élevés. Ce coût, allié au fait que le gouvernement britannique rechigne quelque peu à accorder des bourses de Master ou de thèse à des étudiants étrangers, a mené à un déclin constant du nombre d’étudiants étrangers rejoignant des universités britanniques pour se former en sciences du développement. Il s’ensuit que, du fait du manque d’étudiants, les cours proposés ne sont plus viables et que des programmes entiers de formation ont disparu. Les députés ont également appris que le Pakistan avait récemment exclu le Royaume-Uni de son programme qui permet à 800 étudiants de réaliser leur thèse à l’étranger, et ce sur la base des frais de scolarité élevés…
Les députés rappellent que la qualité et la force de la recherche britannique ont joué un rôle fondamental dans l’établissement de la réputation du pays dans le domaine du développement international. Si elle n’est pas bientôt renversée, la tendance à l’érosion des sciences du développement au Royaume-Uni risque de saper profondément la capacité du Royaume-Uni à continuer à jouer ce rôle dans les années à venir. Il est du devoir du gouvernement d’agir. Dans sa réponse, le gouvernement affirme que les conseils de recherche partagent les inquiétudes du comité de la Chambre des Communes et qu’ils travaillent à maintenir et à renforcer la recherche britannique en sciences du développement.
Déliement de l’aide
Suivant la recommandation du Comité d’Aide au Développement (CAD) de l’OCDE (janvier 2002), le Royaume-Uni est un des rares pays au monde à avoir délié non seulement l’aide qu’il fournit mais également le financement de la recherche. Par déliement de l’aide on entend le fait que l’aide fournie peut être utilisée pour acheter des biens et des services auprès de n’importe quel pays, et plus seulement auprès du pays donneur. Le raisonnement qui sous-tend cette décision est de deux ordres : d’une part elle devrait permettre aux personnes les plus compétentes, quelle que soit leur nationalité, de travailler sur un problème particulier. D’autre part, elle a également pour but d’encourager d’autres donneurs à suivre l’exemple britannique. La décision de déliement de la recherche prise par le DFID est très controversée. Elle a été en particulier critiquée par David King, car elle pourrait, selon lui, compromettre la viabilité de la recherche britannique orientée vers les PED et éloigner encore plus le DFID des conseils de recherche.
Les députés regrettent donc que le gouvernement ait choisi de délier les financements de recherche sans mettre en place des mesures compensatoires pour la recherche britannique. En outre, avant de prendre cette décision, le gouvernement ne s’est pas assuré du fait que d’autres pays suivraient la même voie. La situation actuelle est très mal vécue par la communauté des chercheurs britanniques. Enfin, la prise en compte du coût total (« Full Economic Costs ») des recherches dans les propositions des chercheurs britanniques exacerbe encore plus l’effet du déliement.
À cela, le gouvernement britannique répond qu’il s’en tient à sa décision car elle favoriserait, entre autres, le renforcement des capacités des PED. Il souligne également que le DFID continue d’avoir recours aux chercheurs britanniques puisque 72 % des contrats de recherche passés depuis 2002 l’ont été auprès de groupes britanniques ou dirigés par des britanniques. Il rappelle également que des discussions sont en cours entre le DFID, les conseils de recherche et le HEFCE sur les actions à mettre en œuvre pour promouvoir les capacités de recherche britanniques.
Les Programmes Cadres de Recherche et de Développement (PCRD) européens
À l’image du programme INCO (« Cooperation with third countries and international organisations ») du 4ème PCRD, il existe des programmes de coopérations européens. Cependant, le comité de la Chambre des Communes constate que, pour des raisons financières, les groupes de recherche britanniques éprouvent des difficultés à proposer leur candidature. Il recommande donc que le gouvernement britannique, à l’instar d’autres gouvernements, couvre les coûts des frais généraux des contrats de recherche des PCRD.
En réponse à cette recommandation, le gouvernement britannique précise que le 7ème PCRD pourrait comporter un « ERA-Net Plus » consacré à la recherche liée au développement international. Il souhaite également que les MDGs soient pris en compte dans le choix des principaux domaines du 7ème PCRD.
Le « Research Assessment Exercise » (RAE)
Le RAE est le mécanisme utilisé par le « Higher Education Funding Council for England » (HEFCE) pour évaluer la qualité des recherches menées dans les établissements d’enseignement supérieur britanniques. Les députés déplorent que la reconnaissance par le RAE des recherches liées au développement international soit faible. De plus, l’interprétation faite par le HEFCE des sciences du développement semble fortement biaisée vers les sciences sociales… Ils souhaitent que le travail des universitaires engagés dans des activités de renforcement des capacités ou passant du temps dans les PED soit correctement reconnu. Le gouvernement admet que les problèmes liés au RAE sont complexes et note que la mise en place, pour l’exercice 2008, d’un groupe d’experts sur les sciences du développement devrait aider à résoudre un certain nombre de problèmes.
Les conseils de recherche et la responsabilité pour les recherches
Plusieurs contributions écrites remises aux députés font référence au manque de liens entre le DFID et les conseils de recherche. Mais les scientifiques britanniques, déçus de l’approche du DFID, ne doivent pas rejeter en bloc le travail du DFID. Le comité de la Chambre des Communes estime que les conseils de recherche peuvent jouer un rôle important dans le financement de la recherche sur le développement international.
En outre, le fait qu’il n’existe pas de personne ou de ministère unique responsable de la science et de la technologie liées au développement a eu un impact défavorable sur la communauté britannique des sciences du développement. Mais il est vrai que le rôle du DFID n’est pas de promouvoir les intérêts britanniques et il n’aurait donc pas été opportun que ce ministère se charge d’entretenir la capacité de recherche britannique. La responsabilité de coordonner l’action gouvernementale devrait revenir à l’OST et celle de maintenir les compétences britanniques en matière de sciences du développement aux conseils de recherche.
Un « Development Sciences Research Board »
Les députés proposent donc la mise en place du « Development Sciences Research Board » qui prendrait place sous l’ombrelle de RCUK mais qui ne serait pas un conseil de recherche autonome. Cette entité serait chargée de distribuer les financements de R&D pour les sciences du développement aux institutions basées au Royaume-Uni. Elle serait dirigé par un scientifique respecté et comprendrait des représentants du DFID et de tous les conseils de recherche. Quoique les financements seraient destinés à des institutions britanniques, les propositions devraient comporter des collaborations avec des groupes de recherches ou des institutions des PED, comme c’est le cas pour l’initiative Darwin. Le « board » serait également responsable du maintien des compétences britanniques dans le domaine des sciences du développement. Enfin, en consultation avec le DFID, il serait en charge de la formulation d’une stratégie identifiant les pays et les domaines de recherche prioritaires.
En matière de budget, les députés se félicitent des augmentations prévues pour l’aide au développement et souhaitent qu’elles soient accompagnées d’une hausse des financements disponibles pour les sciences du développement au Royaume-Uni. Ils estiment qu’un budget annuel initial d’environ 100 millions de livres (environ 145 millions d’euros)serait requispourquele« DevelopmentSciencesResearchBoard » remplisse efficacement son rôle.
Le gouvernement a décidé d’adopter la proposition des députés et a déjà confirmé, devant le parlement, la mise en place d’un groupe de travail chargé de définir les objectifs du « Development Sciences Research Board » ainsi que d’évaluer le montant des fonds additionnels qui lui seraient attribués.
En conclusion de leur rapport, les députés reconnaissent que l’excellente réputation du DFID est méritée. Toutefois, ils rappellent la nécessité d’un changement de culture vis-à-vis de la science et de la technologie. La nomination d’un conseiller scientifique au sein du ministère constitue un premier pas et devrait avoir un effet très positif. De plus, la mise en place du « Development Sciences Research Board » pourrait accroître les efforts de recherche visant à réduire la pauvreté et assurer la conservation des compétences britannique dans le domaine des sciences du développement. Les présidences du G8 et de l’Union Européenne constituent pour le Royaume-Uni une possibilité unique de galvaniser le soutien global au renforcement des capacités scientifiques et technologiques et au développement des efforts de recherche nécessaires pour atteindre les objectifs des MDGs. Car « les pays pauvres ne méritent pas une recherche pauvre » (Rothamsted Research) et le développement international bénéficie aussi bien au Nord qu’au Sud.
Sources : Chambre des Communes, « Science and Technology Committee », 26/10/05 et 24/01/05, www.publications.parliament.uk/pa/cm/cmsctech.htm OCDE, www.oecd.org/document/32/0,2340,en_2649_33797_2068448_1_1_1_1,00.html.